Chapitre 1

1. vendredi 16 octobre 2009

J’aime bien venir ici. Depuis que j’étais gamin et que j’allais au collège à pied dans ce bâtiment là-haut derrière le bosquet, je l’ai toujours vu là, ce café, au milieu de la place, en plein carrefour, avec le même nom, la même déco. Ils ont bien dû le repeindre une fois ou deux depuis les 50 dernières années. Mais c’est toujours le même nom, le Pourquoi Pas… Tiens, voilà Duchenoc qui entre. Pourvu qu’il ne me voit pas. Il va encore me parler de son ordinateur.

A la télé dans le bar il n’est question que d’un fils du Président de la République. Il paraît qu’ils vont le nommer à la tête d’un énorme centre d’affaires à Paris qui brasse des millions. Pauv’ gosse. Moi si j’étais son père, je l’enverrais faire ses classes dans un consulat obscur quelque part en Chine. On n’est quand même pas dans une république de droit divin. Et puis, ça n’est pas lui rendre service. On lui en voudra tout le temps, que son père lui ait fait la courte échelle pour accéder en haut du poulailler tout de suite. Alors que s’il revenait de Chine dans quelques années parlant couramment le chinois, on le couvrirait de louanges. Enfin bon, je ne suis pas son père et ça fait causer les journalistes. A moins que… J’ai une autre idée. Il se peut que la famille grand-paternelle ait besoin d’argent pour redorrer le blason en Hongrie. Auquel cas le benjamin qui semble avoir des dons de politicien ambitieux pourrait vouloir gagner beaucoup d’argent rapidement et se propulser Président de la Hongrie. Pourquoi pas, après tout?!

Il y a un bout de temps que je n’ai pas vu Franklin. La dernière fois il paraissait vraiment soucieux. Pas tant parce qu’il est au chômage mais à cause d’un voisin dans son village à qui il était arrivé une histoire d’espionnage. Pour tout dire je n’avais pas bien écouté. De l’espionnage dans un village paumé au milieu des vaches et des moutons, ça ne fait pas franchement sérieux. Il m’avait dit qu’il m’apporterait un ‘rapport’ à lire. On verra bien. En tant que détective retraité, je suis peut-être déjà trop blasé. Faudrait pas. Faudrait pas. Tiens, voilà Francette. Je vais lui faire signe de venir s’asseoir à ma table.

– Salut l’ami, comment va?
– Ca va. Et toi?
– Oh moi! Tu connais mon histoire. Depuis qu’on allait au collège, toi et moi, pas mal d’eau a coulé sous le pont. Et pourtant, eh bien, j’en suis toujours à me dire que le succès, c’est pour l’année prochaine…
– Vous désirez, Messieurs Dames?
– Pour moi, un autre café s’il vous plaît.
– Et moi, un whisky coca.
– On ne se refuse rien. Qu’est-ce qui t’arrive?
– Je viens de vendre 3 poteries à des Anglais qui repartaient en Angleterre.
– Alors tu as rouvert ton atelier?
– Euh non… des poteries d’il y a 2 ans.

On a causé de choses et d’autres tout en sirotant nos boissons. Et puis quand elle est partie, je me suis dit que cette fille-là n’était pas heureuse mais qu’il n’y avait rien qu’on puisse faire pour elle. Elle allait rouvrit son atelier de poterie pour accueillir des potières amateur comme elle avait essayé de le faire il y a quelques années. Cette fois elle demandait une aide au Conseil Général. Elle me tiendrait au courant.

2. samedi 17 octobre 2009

Grand beau temps encore ce matin, mais froid. Vent du nord. Il paraît qu’il y a un anticyclone stationnaire au nord-ouest de la Grande Bretagne qui nous vaut ce temps sec et froid. J’ai allumé mon premier feu de bûches dans la cheminée pour la saison lundi dernier et hier c’était le premier coup de gel. Je me demande ce qui se trame. En septembre alors que l’été s’attardait langoureusement, les hirondelles ont disparu du ciel sans prévenir. Habituellement elles s’alignent sur les fils électriques et font d’interminables conférences pour enfin partir courant octobre. Cette année elles ont disparu d’un coup alors qu’il faisait très beau, début septembre.

Elles sont libres, les hirondelles. Elles ont bien un patrimoine génétique, elles aussi, qui programme leur comportement. Mais elles n’ont pas de gouvernement qui leur assène des règlementations à tout va. A quelle injonction ont-elles obéi en migrant un mois plus tôt cette année? Je me demande.

Non, je ne suis pas anarchiste du tout. Je ne pense pas une seconde qu’une nation puisse se gérer sans un corps constitué qui la gouverne. Mais il y a des degrés d’interférence. Entre le pas-d’Etat-du-tout et le totalitarisme règlementaire, on doit pouvoir placer le curseur quelque part vers le plus de liberté individuelle possible.

– Bonjour Thibaud, quoi de neuf?
– Bonjour, rien de neuf, je prépare ma thèse d’Histoire comme tu sais.
– Mais encore?
– J’attends une copine.
– Assis-toi quand même et raconte-moi où tu en es.
– Donc, le roi Louis, le 12e du nom, vivait tranquille avec sa reine Anne, Anne de Bretagne, et leurs 2 filles chéries, Claude et Renée. Remarque que ces princesses dans la fleur de l’âge, c’est-à-dire juste pubère, ont des noms de garçon, enfin, des noms qui peuvent servir à un garçon ou à une fille. Classique, mon cher Sherloque. Le couple royal avait perdu des fils en bas âge et à chaque nouvelle naissance attendait un beau mâle. Pas de pot. Claude fut une fille, claudiquante et louchante qui plus est. Et sa cadette Renée, aussi. Mais Louis et Anne adoraient leurs deux filles et ces 2 princesses-là ont vraiment grandi choyées et heureuses. Bon… Et ma copine? Elle n’a pas l’air de venir. Quelle heure il est?
– 15h25… Continue, contiue.
– Dans la vie, en général, on cherche toujours à grimper un échelon au-dessus sur l’échelle sociale. Hein? Tu es d’accord avec moi. Mais quand on est roi et reine, que peut-on espérer de grimper en plus? Le royaume de France, c’est déjà pas mal, mais tu vois, à l’Est de chez nous et au Nord et au Sud, règne en maître en ce temps-là l’Empereur, mon cher Sherloque, l’Empereur du Saint Empire Romain Germanique, un ersatz d’empire romain que les Allemands ont toujours voulu recréer, ranimer, réactualiser. Même Hitler au 20e siècle avait encore ça en tête, je crois.
Bref, je te parle là des toutes premières des années 1500, c’est-à-dire il y a 500 ans exactement. La jeune Anne en son temps, qui était à la tête du duché de Bretagne, avait rêvé d’épouser Maximilien et ainsi de devenir impératrice. Finalement elle s’était contenté du roi de France et avait apporté son duché au royaume. Mais n’empêche. Elle rêvait encore du titre d’impératrice pour sa fille Claude et, toute jeune, la promit à Charles, ou Karl ou Carlos comme tu veux, le jeune Habsbourg appelé à régner en Espagne sous le nom de Charles Quint. Il ne faut jamais oublié ça, tu entends, Sherloque…
– Attends un peu, je vois Duchenoc qui entre. Il va encore vouloir qu’on répare son ordinateur. Sortons par la porte du fond.

3. dimanche 18 octobre 2009

Dimanche aujourd’hui, le ‘jour du Seigneur’, disait-on quand j’étais gamin. Maintenant ce n’est même plus un jour particulier et il n’y a même plus de ‘Seigneur’. Au fait j’ai appris il n’y a pas longtemps que ‘Dieu’ est une déformation phonétique de Zeus, le grand patron de l’Olympe dans le panthéon ancien grec. Zeus devait se prononcer Dsieus en romain qu’on a fini par écrire Deus, ce qui a donné Dé-ouss en latin d’église. Comme quoi la généalogie des mots est aussi mystérieuse que celle des humains et qu’il faut des détectives partout pour débusquer la vérité.

4. lundi 19 octobre 2009

– Bonjour Sherloque.
– Ah quand même! Bonjour Franklin. Je te croyais retourné en Amérique.
– Non non, je suis là, comme toi, fidèle au poste devant ta bière!… Je vais prendre une pression de Sancerre, si vous avez ça, merci… Tiens, lis ça.
– Quoi? Là, ici? Je vais l’emporter et le lire à tête reposée si tu permets.

Sur ce, entre Thibaud avec sa mine réjouie et quelques livres anciens sur les bras. Franklin et Thibaud s’entendent bien. Ils sont tous les deux universitaires et ce qu’ils apprécient en moi, je pense, c’est ce côté chercheur, détecteur de réalités.

– J’en était où la dernière fois qu’on s’est vu? Ah oui, que la petite Claude était née en 1499 à Romorantin, du ventre d’Anne de Bretagne et que son papa est un nommé Louis 12. Elle est donc de sang royal, chers auditeurs, et sa mère projette de la marier au jeune Charles de Habsbourg, futur empereur, kaiser en titre du grand empire romain germanique qui encercle le royaume de France. Ben oui quoi, la Flandre, la Bourgogne, l’Italie, l’Espagne. Alors si la petite Claude devient impératrice, c’est pas la France qui y gagne. C’est le Habsbourg qui avale le royaume. Donc Louis qui a vu la faille dans son jeu d’échec, a dit niet et son parlement a voté comme un seul homme pour garder la princesse Claude au chaud. Donc Charles Quint n’est pas devenu le gendre de Louis 12. Vous me suivez?

Les quelques feuillets que Franklin avait glissés sous mon coude m’intéressant plus que les histoires d’Histoire du jeune Thibaud, j’ai pris congé des 2 larons et suis rentré chez moi. Je me suis aussitôt mis à lire le ‘rapport’ de l’affaire Ynard.

«  »mardi. Depuis 4 jours, il m’est impossible de dormir. Il y a un son strident, comme un son électronique bip bip bip, qui se diffuse dans toutes les pièces sans arrêt, nuit et jour. J’essaie de mettre la radio pour couvrir le bruit mais sans succès. Ma chienne pleure et ne sait où se mettre. Elle secoue les oreilles sans arrêt.
vendredi. Le son continue toujours. Le soir je téléphone chez le voisin. Il ne comprend pas de quel bruit je parle.
samedi. Je téléphone chez le voisin à nouveau. La voisine me dit ne pas savoir d’où vient ce bruit. Je lui explique que ça vient de leur hangar. J’ajoute que ça ressemble à un détecteur de présence. Elle me répond qu’ils n’ont pas ça chez eux.
dimanche. Le son a baissé légèrement d’intensité.
mercredi. Depuis mon coup de téléphone le son se fait plus discret à partir de 22h. Par contre, de chez moi, j’entends maintenant parler les voisins chez eux. Je capte certains mots sans pouvoir comprendre complètement. A la tombée de la nuit j’entends « ça devrait passer », « je ne comprends pas », puis « de faire ça la nuit ».
jeudi. Au matin j’ouvre ma porte et sors ouvrir mes volets. J’entends une nouvelle petite sonnerie très discrète. Je me déplace à plusieurs reprises le long de ma clôture avec mes voisins, même petite sonnerie à environ 1,20m de la clôture.
vendredi. Je suis réveillé vers 3h du matin par le son strident. Le volume a augmenté et j’entends parler les voisins chez eux. Ils ne dorment donc pas à cette heure-là?… et je me souviens du « faire ça la nuit ». Je monte au grenier d’où semble venir le son le plus fort. Je m’aperçois que le son viendrait par un des gros câbles électriques qui alimente mon chauffage. Je réalise qu’ils sont en train de mettre quelque chose en place. Je reste à la maison toute la journée pour suivre les évènements. Le son sile toute la matinée. Il change. Quelquefois il s’emballe. Parfois on dirait un moniteur d’hôpital qu’on débranche lorsqu’il y a un ‘tracé plat’.
Vers 11h je téléphone. Je demande à mon voisin ce qu’il fabrique dans mon circuit électrique. Il me dit qu’il ne s’amusait pas à ça et qu’il ne faisait rien pour m’embêter, qu’il n’en voyait pas l’intérêt.
L’après-midi j’ai coupé le courant plusieurs fois et j’ai entendu la voisine dire « peux rien faire », « coupe le courant ». Vers 16h j’ai entendu le voisin dire « pousse, pousse, vas-y avant que ça s’arrête ».
En fin de soirée j’ai entendu la voisine s’exclamer « super! ». Je me suis dit: ça y est, j’y ai droit, mais je ne savais pas encore de quoi il s’agissait. » »

Voilà. Franklin ne m’a pas donné tout le ‘rapport’. Mais déjà ça me suffit pour en conclure que l’affaire est sérieuse. Pourquoi Ynard téléphone-t-il directement à ses voisins?

5. vendredi 23 octobre 2009

Il y a encore beaucoup de travaux à faire sur ma vieille maison. Je ne sais pas si j’en viendrai jamais à bout. Surtout qu’il est de plus en plus difficile de décider et d’agir pour soi-même. Comme si on n’était plus des gens adultes, responsables et libres de nos choix. Cette amputation de ma capacité à décider me déprime complètement. Je n’irai pas juqu’à me suicider pour l’emplacement de ma fenêtre de toit ou la couleur de ma porte, mais tout de même. La jouissance de ma propriété privée est limitée à payer des impôts fonciers à l’Etat qui est devenu un ogre.

Enfin bref. Je rumine tout seul dans mon coin. Si je ne venais pas ici pour voir du monde, je deviendrais aigre à en crever. Tiens, voilà Thibaud justement.

– Donc Charles Quint n’est pas devenu le gendre de Louis 12, c’est bien ça?
– Ah, laisse tomber… bonjour Sherloque. On ne t’a pas vu pendant plusieurs jours.
– Je me suis occupé de mon bois de chauffage. L’été est fini cette fois et je n’ai que ma cheminée pour me chauffer en ce moment. Je n’ai plus d’électricité. Ma dernière facture est faramineuse, alors je laisse courir. Ils peuvent se la garder, leur électricité. Et bientôt il faudra payer l’air qu’on respire.
– Si ça peut te consoler, les gens n’étaient pas franchement plus heureux avant. Ce qu’on apprend en étudiant l’Histoire, c’est que l’humanité pédale dans la choucroute.
– Tu crois.
– Voui. Les seules périodes où les gens s’éclatent, sont les périodes de conquête, quant tout s’ouvre devant soi.
– Tu crois? Alors qu’est-ce qu’on attend?
– Il y a un temps pour tout, monsieur. Pour l’instant, on en est encore au ‘mea culpa’ collectif de la dernière conquête, celle du continent africain. Mais dans quelque temps on va repartir droit devant comme en 1850. Tu vas voir.
– Tu lis dans le marc de café?
– Non, dans la fond des verres de bière!

6. samedi 24 octobre 2009

Ben non, je n’ai plus d’électricité. La facture était trop énorme. Je n’ai pas pu payer. Ils sont venus couper mon approvisionnement. C’est tout de même inconcevable d’avoir à payer 250 € par mois pour avoir du courant, ça dépasse mon entendement et mes possibilités financières. Je vais vivre à l’heure solaire et me chauffer à la cheminée. Et je vais me faire imprimer des cartes de visite ‘Sherloque Pierre-à-feu, détective retraité à l’ancienne’. Et pour surfer sur le net, je vais peut-être rendre visite à Duchenoc finalement.

Je vois Franklin installé à une autre table. Je ne l’ai pas vu en entrant. Je vais aller lui taper sur l’épaule.

– Salut Franklin, tu es arrivé avant moi aujourd’hui. Comment vas-tu?
– Bien, bien, et toi?
– Ca va, merci. Dis-donc, j’ai lu les premiers feuillets de l’affaire Ynard. C’est dingue. Mais dis, pourquoi est-ce qu’il téléphone directement à ses voisins alors même qu’il les soupçonne? Il aurait pu aller en parler à une tierce personne.
– Il est venu me le raconter, mais pas tout de suite. Lui et son voisin ne sont pas en bon terme depuis longtemps. Ils en sont même venus aux mains une fois au sujet d’un chemin d’accès qu’ils partageaient.
– Une classique gué-guerre de voisinage.
– Si on veut. Mais ça va bien plus loin. En fait comme la maison d’Ynard est coincée entre ses 2 voisins qui sont amis entre eux, il les soupçonne de vouloir le déloger pour pouvoir acquérir et occuper sa maison. Mais ce n’est peut-être même pas ça. Tiens, lis la suite.

«  »Vers 23h, à peine couché, j’ai entendu du bruit dans la maison qui est mitoyenne avec la mienne, de l’autre côté. Les voisins ont la clé de cette maison inoccupée qui appartient à leur amie. La salle de bain de cette dame se trouve juste derrière ma chambre. J’ai reconnu le bruit d’un pommeau de douche qui tombe dans la baignoire ou la douche. Je me suis levé et après inspection je n’ai rien remarqué. Le son est plus faible que d’habitude. J’entends le voisin qui parle avec la voisine et qui dit: « ah merde ». Je me recouche sans pouvoir dormir. J’entends des bruits sourds au grenier et puis j’entends: « qu’est-ce que tu vois? » C’est la voix du voisin. Une voix plus lointaine et déformée répond: « c’est tout en alu ».

Je crois rêver. Je n’en crois pas mes oreilles. Ce n’est pas possible. J’ai effectivement isolé le grenier entièrement avec de l’isolant aluminium multicouche. Je monte au grenier avec une lampe électrique. Je fais le tour et devant la fenêtre, près du gros câble électrique, là où j’avais détecté le bruit le plus fort le matin, j’entends comme le déclenchement d’un appareil photo, mais je n’entends plus personne parler. Redescendu dans ma chambre j’entends à nouveau les voix.

Non, je n’ai pas rêvé. Une voix lointaine dit: « je vois une valise, il y a un moule devant le compteur ». Effectivement j’ai bien une valise dans l’arrière cuisine où je range mes accessoires pour l’aspirateur et il y a un moule en cuivre devant le compteur électrique. Le voisin: « un moule? » La voisine: « oui, un moule, je vois des livres, une vitrine ». J’ai effectivement des livres et des revues sur une petite table dans ma salle à manger et un buffet avec une vitrine au-dessus. La voisine: « un lit ». Le voisin: « un lit? ». La voisine: « oui, un lit ancien, des fauteuils ». J’ai bien un lit ancien et des fauteuils. La voisine: « un bureau ». J’ai aussi un bureau. » »

Ce que je lis est ahurissant. Quelqu’un est en train de scanner l’intérieur d’une maison, à distance.

Sur ce, Francette arrive et je range les feuillets dans ma sacoche le plus naturellement que je peux. Je continuerai ma lecture plus tard.

– Bonjour Francette. Je te présente Franklin, un franco-américain qui aime la même bière que moi. Franklin, je te présente ma vieille copine de collège, une potière émérite de chez nous. Qu’est-ce que tu bois? C’est ma tournée.
– Allons-y pour la même bière que toi.
– Trois bières d’Abbaye, s’il vous plaît.

7. dimanche 25 octobre 2009

Le dimanche, j’aime que ce soit un jour différent. Je garde un peu mes habitudes de gamin. Je m’habille et je mange différemment. J’essaie de faire honneur au Très-Haut. Par respect et gratitude pour ce corps et cette vie que j’ai en usufruit.

Le dimanche matin à la radio sur France Culture j’écoute les premières émissions religieuses. Ce matin le pasteur a cité la lettre de l’apôtre Paul aux Ephésiens. Alors je l’ai relue. Oui mais toute cette mythologie de péché originel et de rédemption ne fonctionne plus pour moi. Et cette histoire de sacrifice humain, non plus.

Un jour que je visitais le mur d’Hadrien au sud de l’Ecosse, j’ai vu l’emplacement d’un temple où les soldats romains venaient prier. Je me suis soudain identifié à ce soldat d’il y a 2000 ans venant prier Mythra, un dieu qui devait sacrifier un taureau pour anéantir le Mal. La mythologie romaine est morte. La mythologie judéo-chrétienne aussi. Il reste ce Romain qui priait. Et moi qui continue à prier un dieu qui s’esquive et qui n’a plus d’identité.

8. lundi 26 octobre 2009

Le Chef de l’Etat que nous avons en ce moment fait du colbertisme. Au moment de son élection j’avais lu dans la presse allemande l’article d’un journaliste qui titrait: Colbert à l’Elysée. Il ne s’était pas trompé. L’Etat sévit partout, tout le temps, et dans les moindres détails. Il règlemente, régule, intervient, interventionne tous azimuts. On dit que c’est pour protéger le pays d’une chute libre dans la récession. Mais on chute quand même de toute façon. Depuis les années 1980 on chute comme une plume.

– Salut Sherloque. Tu es déjà là?
– Eh bien oui. Quoi de neuf de ton côté?
– Je cogite sur la réouverture de mon atelier.
– Oui, tu me l’as déjà dit. Mais tu as un projet précis?
– D’abord je tire les leçons de mon expérience de 2002 et 2003. Je change de créneau. Au lieu d’accueillir 6 personnes à la fois pour un prix modique, je vais réduire à 3 et donner de la valeur ajoutée en proposant activité de poterie plus animation plus logement, le forfait loisir-poterie d’une semaine pour la modique somme de 700 €. Qu’est-ce que tu en penses?
– Pourquoi pas? Il faut oser. Tu as raison.
– Le garçon que tu m’as présenté l’autre jour, qu’est-ce qu’il fait?
– Il est ethnologue.
– C’est-à-dire?
– Une espèce de sociologue. Tu lui demanderas toi-même. Mais il est au chômage et ça lui pèse. Sa femme l’a quitté et a emmené leur gosse de 8 ans avec elle. En ce moment il vit avec une Américaine qui a un gosse de 10 ans et qui ne se plaît pas du tout en France.
– Mais tu l’as rencontré où?
– A la poste. On faisait la queue comme il se doit. Il était derrière moi et m’a demandé de passer devant. Il avait juste une lettre recommandée à retirer et comme il avait un rendez-vous, il était pressé. On a causé et on s’est retrouvé ici au café par hasard quelques jours plus tard.
– Ah ben tiens, je vais aller draguer à la poste.
– Tu cherches un mec?
– Ca dépend des jours.

Une fois Francette partie, je me suis mis à la lecture de la suite de l’affaire Ynard.

«  »Je suis complètement abasourdi par ce que je viens d’entendre et j’en perds le fil. J’entends à nouveau le voisin demander à sa femme de revenir. « ça suffit », dit-il. La voisine répond: « ce n’est pas mal du tout chez lui ». J’entends des pas discrets, puis plus rien. Après quelques instants, j’entends à nouveau les voisins mais les voix ont changé. Elle a dû revenir et ils continuent à discuter. La voisine fait le commentaire de ce qu’elle avait vu.
Vers 4h du matin ma chienne a aboyé et est venue me chercher comme pour me signaler quelque chose d’anormal. J’ai entendu le moteur d’une voiture. A 4h30 je me suis levé. J’ai fait sortir ma chienne qui aboyait encore. J’ai remarqué que la lumière extérieure de chez mes voisins était allumée. Je me suis recouché jusqu’à 6h. Je suis resté éveillé en attendant la suite. Effectivement les voix ont repris. Le voisin demandait à sa femme de revenir. J’ai entendu à nouveau du bruit dans le grenier du côté de la maison mitoyenne. J’ai pris ma douche et j’ai entendu le voisin dire: « tu aurais dû me le dire ». Et je suis parti.
Rentré à 16h30 j’ai fait comme d’habitude comme si rien d’anormal ne s’était passé. Après la nuit que j’ai passé, je suis fatigué physiquement et moralement. Savoir qu’il y a une caméra chez moi et qu’ils voient tout ce que je fais, me stresse. Je n’arrive pas à trouver le sommeil. J’entends le voisin qui hurle: « il faut débrancher ». Puis je capte: « plainte… avocat… conséquences… tu te rends compte? », ce à quoi la voisine répond: « non, j’en ai rien à foutre ». Et la dispute a continué pendant longtemps. » »

Ce que je viens de lire est proprement ahurissant. Il faut que j’en parle avec Franklin pour de bon.

9. samedi 31 octobre 2009

Il y a un truc à la radio qui me déplaît au plus haut niveau, les publicités ménopause. C’est du harcèlement, du lavage de cerveau. Les pauvres bonnes femmes avec leurs problèmes de sueur et de bourrelet, ou que sais-je, doivent ingurgiter des tas de produits et se faire contrôler les mamelles sans arrêt. Quelle époque!

Pour ce qui est de cette histoire de Franklin, je trouve vraiment étrange que ce Mr Ynard ne réagisse pas à l’intrusion chez lui et dans sa vie privée de capteurs de son et d’images. Certes il écrit tout ce qui lui arrive puisque Franklin a son ‘rapport’, mais il subit tout ça comme si c’était complètement normal.

– Bonjour Sherloque.
– Ah, Franklin, justement je pensais à toi et je me demandais pourquoi ton Mr Ynard ne va pas se plaindre de ce qui lui arrive.
– A qui veux-tu qu’il aille se plaindre? Un vieux monsieur qui vit seul avec son chien? On ne croira jamais ce qu’il dit. En fait il a même peur qu’on l’enferme pour sénilité. Il est venu me raconter tout ça au bout de 3 mois et je peux te dire qu’il était dans un drôle d’état. Tout ce qu’il voulait, c’est dormir. Je te donne 3 feuillets à lire à la fois parce que je voudrais que tu lises son témoignage avec le plus grand sérieux justement. Tiens, voilà les 3 suivants.

«  »dimanche. J’ai un peu dormi mais je ne peux pas rester chez moi. C’est dur de se sentir surveillé sans arrêt. Rentré vers 17h.
Vers 19h j’entends les voisins qui se disputent encore. Je n’entends presque plus le son mais j’ai remarqué ce soir en rentrant que le voisin avait mis un gros tas de bois sous son hangar, exactement d’où partait le son. Vers 22h, reprise des éclats de voix.
lundi. Ce matin je n’entends rien, à part quelques éclats de voix. Puis j’entends dire: « tu vois » par le voisin. Ensuite la voisine: « il fume? ». Je me suis levé cette nuit vers 2h45, je ne dormais pas et j’ai effectivement fumé une cigarette. Puis, « c’est fini ». Quoi, l’enregistrement?
Ce matin je veux téléphoner chez un avocat pour obtenir un rendez-vous. Mon téléphone ne fonctionne pas. Grésillements. J’ai pourtant fait venir les télécoms il y a 3 mois et fait changer mes prises, ainsi que leur emplacement. Vers 9h je suis parti. Rentré vers 16h30. Je n’entends pratiquement plus le son. Sorti avec ma chienne dans le jardin. Dans le chemin devant chez moi, j’entends la voix de la voisine sans pouvoir la situer. On dirait qu’ils essaient de régler quelque chose: « vas-y, vas-y, encore, encore », ça viendrait du hangar. La voisine ne doit pas travailler en ce moment car d’habitude à cette heure-là elle n’est pas rentrée du travail.
Mon téléphone ne fonctionne pas normalement. Obligé d’interrompre une conversation tellement il y a de la friture sur la ligne. Je continue à entendre des éclats de voix.
mardi. J’entends très peu le son. Parti à 9h30. Rentré à 16h.
18-19h: toujours des éclats de voix, grosse colère de la voisine.
19-20h: je n’entends plus rien sauf les portes d’une voiture qui claquent alors que leur portail est fermé. Il semblerait qu’il y a un lien entre le son et une des voitures, que je ne peux m’expliquer.
21h: reprise des cris. J’entends: « ça suffit ». J’entends des pas sur un parquet qui craque, un bruit bizarre le long de mon mur, le couvercle d’un regard qui se referme, puis plus rien. On dirait que quelque chose a été débranché car je n’entends pratiquement plus rien, du moins rien d’intelligible si ce n’est des cris de colère.
mercredi. 1h30 du matin: je suis réveillé par le son, pourtant je ne l’entendais presque plus. J’entends des voix, ça discute et ça se dispute.
2h45: même chose, j’entends encore le son mais les ‘bip’ plus espacés, et toujours des discussions. A croire que ces gens ne dorment pas. Il est vrai « qu’il faut faire ça la nuit » et je pense qu’ils essaient encore de mettre quelque chose au point.
jeudi: 2h45 du matin, réveillé par le son. Je me suis levé. On dirait qu’ils discutent. Dans la journée le son est très discret mais j’entends des « tu vois, t’as vu? ».
Vers 21h j’entends le même bruit qu’il y a 2 jours, du couvercle d’un regard qu’on ferme. Couché vers 22h30. A peine couché le son devient plus fort. Colère du voisin et le son se fait discret.
vendredi. 1h25 du matin, réveillé par le son. Cette fois il est très fort. Je me lève et le son baisse. Réveillé à nouveau à 5h du matin. Le son est accéléré et j’entends les voisins qui s’engueulent très fort, ça hurle.
A 7h du matin j’ouvre ma porte. La lumière extérieure de chez les voisins est allumée. J’entends une voix qui vient du hangar, d’une part, et de leur grenier, d’autre part. Je pense qu’ils recommencent leur cinéma.
samedi. 20h45: le son s’emballe, le rythme devient très accéléré comme si c’était devenu incontrôlable. Les voisins sortent de chez eux et semblent s’affoler. Les lumières extérieures sont allumées. J’entends la voisine dire quelque chose comme: « je l’ai » et le son s’arrête.
dimanche. Le son est faible. Ils prennent soin de le baisser vers 22h car j’entends la voisine dire de dehors: « ça s’entends? ». J’ai toujours les points bleutés, rouges quelquefois, qui me situent là où je suis. » »

– C’est quoi, ce son, d’après toi?
– Ben, c’est toi le détective. J’allais te poser la même question.
– Je suis à la retraite, mon vieux, et dépassé par les évènements!

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