S H E R L O Q U E

15 juin, 2010

44. Silverville, mardi 25 mai 2010

Filed under: l'atelier de poterie,la société — sherloque @ 5:49

- Bonjour Mr Sherloque. On est bien en terrasse, hein! Je m’asseois là?

- Bonjour Basile. Oui bien sûr.

- Vous prenez une bière avec moi?

- C’est pas de refus. Alors, votre copine Francette, vous l’avez retrouvée?

- Oui oui, on a fait la paix. Je me suis excusé.

- Elle est vachement sympa, en tout cas.

- Vous la connaissez alors?

- Ben, comme vous m’aviez dit que vous la cherchiez, quand je l’ai vu à une table avec son livre, je me suis présenté et je lui ai dit que vous la cherchiez. Du coup, on a même déjeuner ensemble en haut à la brasserie, samedi. Il y avait un monde fou. Les serveuses montaient et descendaient l’escalier au pas de charge!

- Ah!

- Vous savez, j’en ai un peu marre de faire le grand-père encombrant chez ma fille. Si je pouvais rencontrer une gentille dame pour vivre ailleurs, je ne dirais pas non.

- Ah!… oui bien sûr. Tiens, la voilà justement.

- Bonjour les hommes, comment ça va?

- Tu as sorti tes robes d’été, on dirait! Et ton atelier de poterie, où c’en est?

- Ne m’en parles pas! Je n’arrive pas à me mettre dans l’idée que c’est fini, ça me fend le coeur, ça me dessèche la moelle…

- Tiens, je ne connaissais pas cette expression.

- Pas étonnant, je viens de l’inventer. Alors, Basile, comment allez-vous?

- Très bien, merci Francette.

- Oui, tu comprends, cet atelier, je l’ai créé de toute pièce. J’ai restauré la maison et aménagé la grange en atelier. Maintenant c’est mort et il faut que je parte pour pouvoir louer les locaux. Je ne veux pas aller vivre chez mon fils et être à charge…

- Non, ça, je déconseille carrément. Moi, quand j’ai vendu ma ferme, j’ai emménagé chez ma fille en ville ici à Silverville. C’est pas à faire.

- Pourquoi? Vous ne vous entendez pas avec votre fille?

- Si, si. Le problème, c’est que je n’existe plus pour ainsi dire. Pourtant j’ai mon indépendance. Ils m’ont aménagé l’étage du bas de plain pied avec le jardin. C’est pas les occupations qui me manquent. Mais ma fille et son compagnon travaillent et sont rarement libres pour causer. J’ai l’impression de ne pas les intéresser du tout.

- Vous avez des petits-enfants?

- Oui, Francette. J’en ai deux, une fille et un garçon. Ils sont ados et se bornent à me dire bonjour en passant de temps en temps. Je ne les intéresse absolument pas. Et c’est pas une impression!

- C’est triste. Toute une vie à raconter et personne que ça intéresse. Je me souviens comme ça de mon arrière-grand-père à la communion de mon frère, ça devait être en 1957 ou 8. Il avait peut-être 90 ans, se tenait droit comme un piquet, encore grand et svelte. Eh bien, tout le temps de la réunion de famille, le repas, les conversations et tout, il est resté assis droit sur sa chaise. Personne ne lui a adressé la parole. Personne n’a discuté avec lui. Comme s’il était déjà mort. Mais pas enterré! Maintenant que j’y pense, ça me fait froid dans le dos.

- Messieurs dames, qu’est-ce que je vous sers?

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