- Ah tiens, Francette! Comment tu vas?
- Bonjour. On se connaît?
- Allez… excuse-moi pour l’autre jour, je t’ai vraiment plaquée, je sais.
- Ouais, ça fait deux fois: la première fois parce que je disais qu’il y avait trop de femmes dans les bureaux et les écoles, et l’autre jour, parce que je citais Tolstoï. Tu as mal où? Qu’est-ce qui t’arrive?
- Bon, on oublie, Francette, on oublie. Tolstoï disait donc que…
- “qu’une nation ne pouvait en assimiler une autre qu’à condition de l’emporter en densité de population”… ça me faisait penser à un film que j’avais vu il y a quelques années, qui s’appelait ‘Danser avec les loups’. C’est l’histoire d’un type qui est envoyé à l’ouest, en Amérique, alors que la ‘frontière’ est encore au milieu du continent. Il parle avec un vieil Indien qui se demande ce que l’avenir lui réserve avec tous ses drôles de Blancs qui débarquent. Et il lui répond que ce n’est que le début d’un mouvement de migration qui va apporter des populations aussi nombreuses que les étoîles… ou un truc comme ça. Je cite de mémoire.
- Oui, je l’avais vu aussi, ce film, mais je ne me souviens pas de ça.
- En fait, ça rejoint ce qu’écrit Tolstoï, comme quoi c’est le nombre qui fait qu’un peuple en assimile un autre. Tu comprends?
- Pourtant non, les Allemands nous ont envahi par la force, pas par le nombre. Il n’y avait que des militaires sans leurs familles.
- Eh ben, oui, justement. Ils nous ont envahi. Ils ne nous ont pas ‘assimilé’. Tu ne vois pas la différence?
- Qu’est-ce que je vous sers, messieurs dames?
- Moi, une menthe à l’eau.
- Moi pareil. Comme quand on était ados! Vous savez, mademoiselle, la dame ici et moi, nous venions à ce café consommer des menthes à l’eau quand on était ados…
- Au siècle dernier?
- Oh! c’est ça! On a l’air si vieux que ça?
- Non non, bien sûr… donc, deux menthes à l’eau. C’est bon.