- Tiens, Basile, comment va? Vous n’auriez pas vu Francette, par hasard?
- Bonjour Mr Sherloque. Est-ce que je la connais, votre Francette? L’autre jour j’ai vu une dame assise là dans le coin qui lisait en sirotant son café.
- Comment elle était?
- Pas grande, les cheveux courts grisonnants. Elle était complètement absorbée par sa lecture…
- Oui, c’est elle. Ah zut, je m’en veux. La semaine dernière je l’ai laissée tomber abruptement.
- C’est une bonne copine?
- Une copine d’enfance, sans plus.
- Ah bon. Vous savez, l’autre fois, je causais du ministre de l’agriculture… eh bien, dimanche soir, je l’ai entendu parler à la radio. Vous me croirez si vous voulez, j’étais d’accord avec tout ce qu’il disait!
- Il faut fêter ça, Basile. Deux kirs, s’il vous plaît.
- Oui, il m’a même semblé qu’il comprenait notre problème majeur. Il faudrait qu’on retrouve une façon de gagner notre vie avec ce qu’on produit réellement, sans avoir à compter sur les aumônes de l’Etat. Vous voyez ça, Mr Sherloque?
- Euh non, pas tellement. Je sais que les fermiers en tout genre, producteurs de viande, de lait ou de céréales, sont tous subventionnés, c’est-à-dire qu’ils sont devenus des fonctionnaires pour ainsi dire.
- C’est ça, c’est ça exactement. Suivant le cas, on est même payé pour ne pas produire. De toute façon on n’est plus maître de nos décisions et de nos choix. On se laisse faire… Il a dit, le ministre, qu’il va falloir écrire et faire signer nos contrats quand on vend notre production à une centrale d’achat.
- …pourquoi? ça n’est pas le cas?
- Non… Vous prenez des cacahouètes?… Non, on négocie de gré à gré, au pif, sans contrat, car on ne sait jamais la quantité qu’on va produire vraiment. Vous savez, nous, on vit avec les aléas climatiques. Il n’y a jamais rien de sûr dans notre travail.
- Mais, les subventions, c’est bien ce qu’ils demandent quand ils manifestent pourtant?
- Oui, oui, on s’est habitué à mendier!… Enfin, je parle pour moi, mais vous savez, pour travailler des centaines d’hectares tout seul tout le temps, si en plus il faut être un homme d’affaires, un expert comptable et un devin… Bon, c’est pas le tout, Mr Sherloque, mais il faut que je rentre déjeuner chez ma fille.
- A la prochaine, Basile. Bonne journée.
Bon, où en étais-je du rapport?
“”9 mai 2006. Au milieu de la nuit j’entends un bruit sec sur le toit, assez fort pour me réveiller, et à partir de ce moment-là j’ai la sensation bizarre d’être couché sur un matelas qui tremble. J’ai dans les oreilles comme un bruit de moteur au ralenti dans le lointain. Mon coeur bat dans le fond de mes oreilles. J’ai des crampes dans l’estomac et mal à la tête. Une nuit je me suis levé pour voir l’heure de ce phénomène. Il était entre 2 et 4 heures du matin. Je suis allé me coucher sur le canapé où le phénomène n’existait pas. Au bout de 5 mn le canapé s’est mis à trembler aussi. Je suis retourné me coucher dans mon lit où j’ai eu la paix pendant 5 mn avant que le tremblement et le ronronnement d’un moteur reprennent. Ces nuits me crèvent. Je n’ai plus de nuits paisibles.”"