S H E R L O Q U E

17 juin, 2010

47. Silverville, samedi 27 mai 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 7:39

Hier, comme on était au café, on n’a pas vraiment pu discuter de l’affaire Ynard. Je crois que Fissavat a raison. Il faudrait passer à l’action. Je vais voir pour obtenir l’adresse de Mr Ynard. Mais la suite du rapport n’est pas de lui, ça c’est sûr.

“”13 avril 2007 Il est environ 9h du matin. Je me suis réveillé complètement crevé. Voilà plusieurs jours que c’est comme ça. La nuit dernière, alors que les vibrations se faisaient plus faibles, je me suis mis en position pour dormir en me couchant sur le côté. Dès que j’ai commencé à m’assoupir, les vibrations ont repris. Je suis donc resté éveillé pour voir ce qui pouvait se passer. Les vibrations s’affaiblissant de nouveau, j’ai repris ma position pour dormir, et alors les vibrations ont repris à fond. Je me ssuis mis une assiette en porcelaine sur la tête et me suis endormi de toute façon. J’aimerais bien savoir de quoi sont faites ces ondes vibrantes… électriques, je suppose, une espèce d’électroshock. Il faut que je trouve.

14 avril 2007 Je suis réveillé par les vibrations à fond. Je me lève pour aller voir l’heure. Il est 4.30 du matin. J’écris ça dans ce cahier.

24 avril 2007 Il est minuit passé. Je viens d’aller me coucher. Les vibrations sont à fond. C’est toujours lié à un son de moteur dans mon oreille gauche seulement. Les deux choses sont à fond. En plus de ça j’ai comme des ondes lumineuses dans les yeux alors qu’ils sont fermés, ça m’était déjà arrivé une fois quand j’avais vu précisément de la lumière blanche en forme d’ondes sous mes paupières. Ce phénomène s’arrête quand je place une assiette de porcelaine devant mes yeux, ou même mon bras en fait.”"

Voilà. C’est le dernier feuillet, ça s’arrête là.

46. Silverville, vendredi 28 mai 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 7:37

- Tiens, tiens, tiens, mon vieux Sherloque. Je savais que je te trouverais là.

- Salut Fissavat. Content de te voir, mon vieux. Content de te voir.

Qu’est-ce qui t’amène à Silverville?

- Je voulais te voir justement. J’ai réfléchi à ton affaire depuis qu’on s’est vu à Redburg. Je me suis dit que toi et moi, on devrait prendre le taureau par les cornes.

- C’est-à-dire?

- Si on allait tous les deux sur le terrain comme on faisait quand on bossait ensemble sur un coup?

- Explique-toi.

- Eh bien, on pourrait se pointer chez Ynard directement pour voir de quoi ça a l’air.

- Mm.

- Tu as une autre idée?

- Non, mais il faudrait d’abord que je revois le gars qui m’a filé le dossier.

- L’Américain?

- Oui. Il doit revenir en France bientôt. J’aimerais mieux attendre.

- Comme tu voudras. Mais moi, j’aimerais mieux passer à l’action tout de suite. C’est comme tu veux. On va attendre. Alors une bière pour moi, en attendant!

45. Silverville, jeudi 27 mai 2010

Filed under: la société — sherloque @ 7:34

Moi, Sherloque, un quiddam citoyen de ce pays, détective à la retraite, assis ici à une table d’un café d’une petite ville de province, déclare que je suis complètement ébahi, stupéfait et ahuri du ramdam qu’on fait ces derniers temps au sujet des…

- Bonjour Sherloque. Il y a longtemps que tu es là?

- Salut Francette. Non, je commençais juste à écrire dans mon journal. Qu’est-ce que tu penses, toi, de tout ce brouhaha sur la retraite?

- L’allongement, le raccourcicement, je ne sais plus quoi? De toute façon ça ne concerne que ceux qui ont travaillé régulièrement. Moi j’ai passé le plus clair de ma vie à courir après un emploi et quand j’en avais un, c’était temporaire. Alors leur système de retraite avec un nombre d’années à effectuer et à cotiser, ça ne me concerne pas.

- C’est bien ce que je pensais.

- Qu’est-ce que tu pensais?

- Eh bien, que le ramdam est ridicule et non avenu. Tout ça dépend de l’idée qu’on se fait de la vie. Je ne sais pas comment m’expliquer. Je vais te dire. Un jour j’ai discuté avec un homme d’une vingtaine d’année qui m’exposait son plan de vie. Il allait essayer de traîner dans un boulot pas marrant à la petite semaine jusqu’à la cinquantaine et ensuite, il se mettrait à vivre comme il l’entend, à la campagne, avec des poules et des lapins.

- Ha! ha! ha!

- Il calculait que la vie ‘active’ était une méchante pilule à avaler et qu’après un temps, quand il serait ‘à la retraite’, il se mettrait à vivre pour de bon.

- Je te jure!

- Non, mais ce que je veux dire, c’est que sa vie, sa vraie vie, c’est tout le temps tous les jours. Il faut pouvoir être libre de prendre des décisions et de marcher sur le chemin qu’on se choisit…

- Oh la la! Tu deviens pédant. Tu as vu Basile?

- Non, je n’ai pas vu Basile. La discussion sur la retraite ne t’intéresse pas?

- Non, pas tellement. Bon, je te quitte. A plus tard!

- Qu’est-ce que je vous sers, Monsieur?

- Apportez-moi une bonne bière, merci.

Bon, je n’arrive pas bien à formuler ce que j’ai en tête. On appelle ‘retraite’ la date obligatoire et fatidique d’arrêt du travail de sa vie. Elle a été inventée par des gens de bonne intention pour alléger les dernières années de gens qui avaient travaillé comme des brutes, dans les usines ou dans les champs, toute une vie. A l’époque, on ne vivait pas si longtemps que maintenant et ladite ‘retraite’ ne durait qu’une poignée d’années. C’est devenu, petit à petit, le but de la vie. Le but d’une vie. Aller coûte que coûte jusqu’à la retraite et puis, alléluia, hosanna, vivre sa vie. Dingue.

C’est dingue que cette date fatidique soit devenue cette ligne de démarcation entre la vie dite active où l’on travaille par obligation et la vie stagnante où l’on travaillerait par goût. D’un côté on est un citoyen à part entière, de l’autre un senior qu’on aimerait mettre au placard, ne plus voir et ne plus entendre.

Pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas carrément faire sauter cette ligne de démarcation? Est-ce que l’allocation retraite ne pourrait pas être un forfait de minimum vital, le même pour tous, qu’on soit au chômage ou trop vieux ou trop malade? A charge de chacun, à charge et sous sa responsabilité, le complément que chaque citoyen s’organiserait individuellement tout au long de sa vie, soit par assurances privées, constitution de capital immobilier ou autre combine.

- Me revoilà! Je suis allée chez le fleuriste au bout de la rue de la gare. J’ai pris deux pieds de géraniums-lierre pour mettre sur mon rebord de fenêtre. Je sais, je sais, ce n’est pas très original, mais ça me plaît! Et toi?

- J’ai des états d’âme sur la retraite… Tu prends une bière?

- Non merci… Basile, il est veuf?

- Oui. Et alors?

- Rien, comme ça, je voulais savoir.

15 juin, 2010

44. Silverville, mardi 25 mai 2010

Filed under: l'atelier de poterie,la société — sherloque @ 5:49

- Bonjour Mr Sherloque. On est bien en terrasse, hein! Je m’asseois là?

- Bonjour Basile. Oui bien sûr.

- Vous prenez une bière avec moi?

- C’est pas de refus. Alors, votre copine Francette, vous l’avez retrouvée?

- Oui oui, on a fait la paix. Je me suis excusé.

- Elle est vachement sympa, en tout cas.

- Vous la connaissez alors?

- Ben, comme vous m’aviez dit que vous la cherchiez, quand je l’ai vu à une table avec son livre, je me suis présenté et je lui ai dit que vous la cherchiez. Du coup, on a même déjeuner ensemble en haut à la brasserie, samedi. Il y avait un monde fou. Les serveuses montaient et descendaient l’escalier au pas de charge!

- Ah!

- Vous savez, j’en ai un peu marre de faire le grand-père encombrant chez ma fille. Si je pouvais rencontrer une gentille dame pour vivre ailleurs, je ne dirais pas non.

- Ah!… oui bien sûr. Tiens, la voilà justement.

- Bonjour les hommes, comment ça va?

- Tu as sorti tes robes d’été, on dirait! Et ton atelier de poterie, où c’en est?

- Ne m’en parles pas! Je n’arrive pas à me mettre dans l’idée que c’est fini, ça me fend le coeur, ça me dessèche la moelle…

- Tiens, je ne connaissais pas cette expression.

- Pas étonnant, je viens de l’inventer. Alors, Basile, comment allez-vous?

- Très bien, merci Francette.

- Oui, tu comprends, cet atelier, je l’ai créé de toute pièce. J’ai restauré la maison et aménagé la grange en atelier. Maintenant c’est mort et il faut que je parte pour pouvoir louer les locaux. Je ne veux pas aller vivre chez mon fils et être à charge…

- Non, ça, je déconseille carrément. Moi, quand j’ai vendu ma ferme, j’ai emménagé chez ma fille en ville ici à Silverville. C’est pas à faire.

- Pourquoi? Vous ne vous entendez pas avec votre fille?

- Si, si. Le problème, c’est que je n’existe plus pour ainsi dire. Pourtant j’ai mon indépendance. Ils m’ont aménagé l’étage du bas de plain pied avec le jardin. C’est pas les occupations qui me manquent. Mais ma fille et son compagnon travaillent et sont rarement libres pour causer. J’ai l’impression de ne pas les intéresser du tout.

- Vous avez des petits-enfants?

- Oui, Francette. J’en ai deux, une fille et un garçon. Ils sont ados et se bornent à me dire bonjour en passant de temps en temps. Je ne les intéresse absolument pas. Et c’est pas une impression!

- C’est triste. Toute une vie à raconter et personne que ça intéresse. Je me souviens comme ça de mon arrière-grand-père à la communion de mon frère, ça devait être en 1957 ou 8. Il avait peut-être 90 ans, se tenait droit comme un piquet, encore grand et svelte. Eh bien, tout le temps de la réunion de famille, le repas, les conversations et tout, il est resté assis droit sur sa chaise. Personne ne lui a adressé la parole. Personne n’a discuté avec lui. Comme s’il était déjà mort. Mais pas enterré! Maintenant que j’y pense, ça me fait froid dans le dos.

- Messieurs dames, qu’est-ce que je vous sers?

43. Silverville, jeudi 20 mai 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 5:46

J’hésite à aller rendre visite à Thibaud chez lui. D’après son dernier coup de fil il broit du noir mais, avec le beau temps, ça devrait passer. Maintenant qu’on peut s’asseoir en terrasse, c’est plus agréable et plus facile d’étudier le cas Ynard. Je n’y comprends toujours rien et je ne vois pas comment je pourrais aider Franklin avec cette histoire.

“”27 March 2007 Tracking. I’m going to write, report on a daily basis here in this book the effects on my body caused by some unknown tracking methods since April last year. It’s been a year now. Unbearable at times. Unbearable also because I can’t talk about it to anyone for fear of appearing to be mad.”"

Un bout écrit en anglais, ça ne peut être que Franklin, capable d’écrire dans les deux langues. Il faut absolument que je puisse lui poser quelques questions. Thibaud a son adresse e-mail. Je vais me faire rebrancher internet et me mettre en contact avec Franklin par e-mail. En attendant, la suite des feuillets:

“”12 avril 2007 Je reprends mon journal ici chez moi dans mon lit dans ma chambre pour rapporter les symptômes de ce que je vais appeler ‘le cas loufoque’. C’est reparti de façon insistante ces trois dernières nuits. Je viens de me lever pour prendre mon journal et rapporter ce qui se passe. Il est 1.40h du matin. J’étais couché moitié éveillé m’attendant à ressentir les vibrations habituelles à cette heure-là, en général assez faibles pour ne pas m’empêcher carrément de dormir. Soudain les vibrations ont démarré à plein gaz sur tout mon corps. Je me sens en danger. Je ne peux pas dire ce qui provoque cette sensation. Je ne peux même pas en parler autour de moi. Voici les symptômes: la sensation de secousses et de vibrations accompagnés d’un son qui vrombit dans mon oreille gauche, la sensation d’une oppression sur le corps qui se tend, le fond de ma gorge qui devient stressé. Si j’arrive quand même à dormir, je me réveille alors complètement tendu avec les mâchoires serrées et souvent dans la position du foetus. Jusqu’à présent, pour me protéger, j’ai utilisé une assiette en porcelaine que je place sur ma tête ou sur l’endroit précis où je ressens les vibrations. Quand les vibrations sont sur ma tête, ça provoque un mal de tête. Si je place une assiette en porcelaine sur ma tête, ça arrête les vibrations qui alors se déplacent sur une autre partie de mon corps. La porcelaine n’est pas conductrice d’électricité. C’est ce qui m’a donné cette idée car je pense que ces vibrations sont d’ordre électrique ou du moins électro-statique.

Il y a deux jours, alors que je me penchais pour ramasser quelque chose à la porte de la grange, un grand bruit ‘bang’ tranchant a frappé le sol sur une petite planche à côté de moi. Je me suis senti visé, ça m’a fait rire. Le ‘bang’ semble servir à me localiser. J’avais en effet dit et écrit que j’irais à Silverville ce jour-là et au lieu de ça j’étais devant ma grange. J’ai ri quand j’ai reçu le ‘bang’ car ça m’a fait penser qu’ils m’avaient trouvé quand même. En Angleterre il y a un mois le même son tranchant avait frappé le parebrise de ma voiture alors que j’étais en première ligne d’attente pour embarquer sur un ferry. Cette fois-là ça ne pouvait pas être le bruit d’un soi-disant caillou lancé par une voiture qui passait.”"

42. Silverville, lundi 17 mai 2010

Filed under: la société — sherloque @ 5:44

- Ah tiens, Francette! Comment tu vas?

- Bonjour. On se connaît?

- Allez… excuse-moi pour l’autre jour, je t’ai vraiment plaquée, je sais.

- Ouais, ça fait deux fois: la première fois parce que je disais qu’il y avait trop de femmes dans les bureaux et les écoles, et l’autre jour, parce que je citais Tolstoï. Tu as mal où? Qu’est-ce qui t’arrive?

- Bon, on oublie, Francette, on oublie. Tolstoï disait donc que…

- “qu’une nation ne pouvait en assimiler une autre qu’à condition de l’emporter en densité de population”… ça me faisait penser à un film que j’avais vu il y a quelques années, qui s’appelait ‘Danser avec les loups’. C’est l’histoire d’un type qui est envoyé à l’ouest, en Amérique, alors que la ‘frontière’ est encore au milieu du continent. Il parle avec un vieil Indien qui se demande ce que l’avenir lui réserve avec tous ses drôles de Blancs qui débarquent. Et il lui répond que ce n’est que le début d’un mouvement de migration qui va apporter des populations aussi nombreuses que les étoîles… ou un truc comme ça. Je cite de mémoire.

- Oui, je l’avais vu aussi, ce film, mais je ne me souviens pas de ça.

- En fait, ça rejoint ce qu’écrit Tolstoï, comme quoi c’est le nombre qui fait qu’un peuple en assimile un autre. Tu comprends?

- Pourtant non, les Allemands nous ont envahi par la force, pas par le nombre. Il n’y avait que des militaires sans leurs familles.

- Eh ben, oui, justement. Ils nous ont envahi. Ils ne nous ont pas ‘assimilé’. Tu ne vois pas la différence?

- Qu’est-ce que je vous sers, messieurs dames?

- Moi, une menthe à l’eau.

- Moi pareil. Comme quand on était ados! Vous savez, mademoiselle, la dame ici et moi, nous venions à ce café consommer des menthes à l’eau quand on était ados…

- Au siècle dernier?

- Oh! c’est ça! On a l’air si vieux que ça?

- Non non, bien sûr… donc, deux menthes à l’eau. C’est bon.

41. Silverville, mercredi 12 mai 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 5:40

Les feuillets ne sont plus dans l’ordre. Tant pis, je vais les lire comme ça. Cette histoire est de plus en plus louche.

“”27 mars 2007. Je vais essayer d’écrire ici tous les jours les effets sur mon corps causés par cette façon inconnue dont je suis pisté maintenant depuis un an. Souvent difficile à supporter. Difficile à supporter aussi parce qu’il m’est impossible d’en parler sans risquer d’être pris pour un fou. Une chose est sûre maintenant, on me suit à la trace en dehors de ma province. En conduisant ma voiture pour aller en Angleterre j’ai espéré un moment être lâché. Passé le tunnel sous la Manche je n’ai plus rien senti jusqu’à mi-chemin en Ecosse. Je suivais la voiture d’un copain à vive allure sur l’autoroute quand j’ai entendu un grand ‘bang’ sur la voiture.

28 mars 2007. Hier soir les vibrations étaient faibles et par accoûts. Jusqu’à présent elles ont été fortes ou inexistantes, mais jamais de faible intensité. Ce matin tôt j’ai distinctement entendu au fond de ma propre gorge la voix d’une femme disant en anglais: ‘we’re on’. Dans la nuit quelqu’un s’est installé dans la chambre d’à côté dans l’hôtel où je suis et a commencé à faire du bruit comme une espèce de machine à coudre.

29 mars 2007. Je me suis réveillé très fatigué d’une nuit de vibrations constantes sur tout le corps. Mes cicatrices me faisaient mal. Qu’est-ce qui peut bien provoquer tout ça? Aucun moyen connu, mais j’ai idée que d’abord on me suit à la trace, et qu’en même temps on me bombarde d’ondes électro-machintruc. Mais comment?”"

Dois-je comprendre qu’il ne s’agit plus de Mr Ynard, mais peut-être bien de Franklin lui-même?

13 juin, 2010

40. Silverville, mardi 11 mai 2010

Filed under: l'affaire Ynard,la politique — sherloque @ 6:53

- Tiens, Basile, comment va? Vous n’auriez pas vu Francette, par hasard?

- Bonjour Mr Sherloque. Est-ce que je la connais, votre Francette? L’autre jour j’ai vu une dame assise là dans le coin qui lisait en sirotant son café.

- Comment elle était?

- Pas grande, les cheveux courts grisonnants. Elle était complètement absorbée par sa lecture…

- Oui, c’est elle. Ah zut, je m’en veux. La semaine dernière je l’ai laissée tomber abruptement.

- C’est une bonne copine?

- Une copine d’enfance, sans plus.

- Ah bon. Vous savez, l’autre fois, je causais du ministre de l’agriculture… eh bien, dimanche soir, je l’ai entendu parler à la radio. Vous me croirez si vous voulez, j’étais d’accord avec tout ce qu’il disait!

- Il faut fêter ça, Basile. Deux kirs, s’il vous plaît.

- Oui, il m’a même semblé qu’il comprenait notre problème majeur. Il faudrait qu’on retrouve une façon de gagner notre vie avec ce qu’on produit réellement, sans avoir à compter sur les aumônes de l’Etat. Vous voyez ça, Mr Sherloque?

- Euh non, pas tellement. Je sais que les fermiers en tout genre, producteurs de viande, de lait ou de céréales, sont tous subventionnés, c’est-à-dire qu’ils sont devenus des fonctionnaires pour ainsi dire.

- C’est ça, c’est ça exactement. Suivant le cas, on est même payé pour ne pas produire. De toute façon on n’est plus maître de nos décisions et de nos choix. On se laisse faire… Il a dit, le ministre, qu’il va falloir écrire et faire signer nos contrats quand on vend notre production à une centrale d’achat.

- …pourquoi? ça n’est pas le cas?

- Non… Vous prenez des cacahouètes?… Non, on négocie de gré à gré, au pif, sans contrat, car on ne sait jamais la quantité qu’on va produire vraiment. Vous savez, nous, on vit avec les aléas climatiques. Il n’y a jamais rien de sûr dans notre travail.

- Mais, les subventions, c’est bien ce qu’ils demandent quand ils manifestent pourtant?

- Oui, oui, on s’est habitué à mendier!… Enfin, je parle pour moi, mais vous savez, pour travailler des centaines d’hectares tout seul tout le temps, si en plus il faut être un homme d’affaires, un expert comptable et un devin… Bon, c’est pas le tout, Mr Sherloque, mais il faut que je rentre déjeuner chez ma fille.

- A la prochaine, Basile. Bonne journée.

Bon, où en étais-je du rapport?

“”9 mai 2006. Au milieu de la nuit j’entends un bruit sec sur le toit, assez fort pour me réveiller, et à partir de ce moment-là j’ai la sensation bizarre d’être couché sur un matelas qui tremble. J’ai dans les oreilles comme un bruit de moteur au ralenti dans le lointain. Mon coeur bat dans le fond de mes oreilles. J’ai des crampes dans l’estomac et mal à la tête. Une nuit je me suis levé pour voir l’heure de ce phénomène. Il était entre 2 et 4 heures du matin. Je suis allé me coucher sur le canapé où le phénomène n’existait pas. Au bout de 5 mn le canapé s’est mis à trembler aussi. Je suis retourné me coucher dans mon lit où j’ai eu la paix pendant 5 mn avant que le tremblement et le ronronnement d’un moteur reprennent. Ces nuits me crèvent. Je n’ai plus de nuits paisibles.”"

39. Silverville, mercredi 5 mai 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 6:50

A partir du changement d’écriture, les feuillets sont datés. Franklin avait dit qu’Ynard était venu lui apporter ses feuillets pour les lui faire saisir sur son ordinateur. La nouvelle écriture pourrait donc être celle de Franklin. Les nouveaux feuillets sont datés mais pas dans l’ordre. Voyons voir.

“”12 aout 2006. Il est 4h15 du matin. Je me lève pour écrire ce qui se passe. Voilà 4 mois que ça dure et je n’ai toujours pas compris ce qui se passe.

Voici les symptômes:

1) un bruit clair et net totalement étranger aux bruits ordinaires d’une maison, sur le toit, ou même à l’intérieur de la maison parfois, une fois même sur le velux, ce qui a donné l’impression que le verre craquait;

2) le tremblement de mon corps tout entier, léger, rapide et incrontrolable;

3) un son épais dans mon oreille gauche comme le bruit sourd d’un moteur au ralenti;

4) une vraie douleur quelque part dans mon corps, suivant les jours, en ce moment dans ma gorge, pas les amygdales, mais plus bas.

Récemment j’ai eu des maux de tête qui passent dès que je me lève, une douleur sur deux cicatrices, le coeur qui tape dans ma poitrine et dans mes oreilles de façon bizarre, sensation qui s’arrête dès que je me lève. J’ai aussi la sensation d’épingles plantées dans les pieds, ou dans un oeil, seulement quand je suis couché. Une sensation comme si on voulait me tordre la lèvre inférieure passe si je mets mon bras devant ma figure.

Ce n’est vraiment pas drôle. J’aimerais bien que ces étranges phénomènes cessent, mais je ne sais vraiment pas à qui en parler, de peur d’avoir l’air complètement fou.”"

- A-gla-gla… bonjour Sherloque.

- Il ne fait pas chaud, on se croirait au mois de janvier, hein Francette!

- Tu es toujours en train de gribouiller quelque chose quand je passe ici. Tu travailles? Tu es toujours détective?

- Non, non, c’est une déformation professionnelle. Je tiens un journal où j’écris ce que je fais et à qui je parle.

- Ah bon, alors tu vas écrire que je suis passée et que j’ai dit a-gla-gla?

- Peut-être! Mais qu’est-ce qui t’amène?

- Rien de spécial. Je me morfonds dans mon village. La poterie est définitivement fermée. Il n’y a plus aucun espoir de rouvrir l’atelier. Et d’ailleurs ça n’intéresse personne dans le secteur.

- Je te trouve bien négative. C’est quoi ce gros livre?

- Ah! Tu crois qu’il n’y a que toi capable de lire des livres intelligents avec des histoires de lapins?

- Non, non, mais c’est quoi?

- Eh bien, voilà. J’ai le DVD du film ‘Anna Karenine’ où Sophie Marceau tient le rôle d’Anna, que j’aime beaucoup d’ailleurs. Mais jusqu’à présent je ne m’étais jamais intéressée à consulter l’original de Tolstoï… jusqu’à récemment quand je suis tombée sur ce vieux bouquin dans une boîte en carton dans mon grenier. Tu l’as lu?

- Non, jamais.

- Figure-toi, mon vieux Sherloque, que c’est génial! Le film est concentré sur l’histoire d’amour à la madame Bovary, mais le bouquin de Toltoï est bien plus étoffé. Et il est d’une grande actualité. Si, si. Par exemple, lors d’un dîner mondain à Moscou en1880, il est question de la russification de la Pologne…

- Ah bon! La russification de la Pologne est d’actualité?

- Mais non, attends, j’ai marqué la page. “Pestzov soutenait qu’une nation ne pouvait en assimiler une autre qu’à condition de l’emporter en densité de population”. C’est d’une actualité brûlante! Les médias parlent beaucoup d’assimilation, d’intégration et d’identité nationale, non?

- Répète un peu la phrase de Tolstoï.

- Enfin, je ne sais pas si c’était l’opinion de Tolstoï, mais c’était apparemment un problème à son époque. Il dit “qu’une nation ne pouvait en assimiler une autre qu’à condition de l’emporter en densité de population”. C’est au chapître IX de la quatrième partie.

- En d’autres termes, un peuple qui voudrait en subjuguer un autre devrait avoir plus de naissances que le peuple qu’il veut assimiler… ça m’a tout l’air de ne pas être un sujet politiquement correcte, ça.

- Ecoute, Sherloque, on est entre nous, on devrait pouvoir aborder les sujets qu’on veut, et dire ce qu’on a sur le coeur. Le ‘politiquement correcte’, je m’en fous! Alors, qu’est-ce que tu penses de ce que Tolstoï écrit?

- Un autre café, Mr Sherloque?

- Non, non, merci, je dois partir.

Sur ce, j’ai laissé Francette avec son gros livre et son café, et je suis parti à la poste.

38. Silverville, mardi 4 mai 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 6:43

Notre climat, qu’on croyait bien réglé et raisonnable, donne des signes de rébellion. L’hiver long et rigoureux a été suivi d’un printemps anormalement précoce, chaud et sec. Mon voisin venait de s’acheter un gros tuyau d’arrosage pour irriguer son potager. Et voilà qu’il fait à nouveau carrément froid, qu’il vente et pleut en tempête, sans s’occuper des normes météorologiques en vigueur par ici. Comme quoi il ne faut jamais vivre en pensant que nos données existentielles sont ‘définitives’. Il n’y a que la mort qui soit ‘définitive’… et encore!

Bon, trêve de philosophie. Si Franklin revient, il faut que j’aie fini de lire son satané ‘rapport’ et que j’aie l’air de m’y intéresser. La suite semble en effet avoir été écrite par quelqu’un d’autre et avec un stylo d’une autre couleur.

“”A part les nombreux ‘bangs’ sur le toit, j’ai été réveillé par le bruit dans la pièce comme d’un appareil photos très près de ma tête à côté de mon lit. Une autre fois, j’ai été réveillé par un son aiguë dans mon orielle droite pendant environ une demi-heure.

Une autre nuit encore, j’ai été réveillé par les battements de mon coeur qui résonnaient dans mes oreilles. Je me suis levé; suis descendu pour vérifier l’heure et vérifier mon pouls: 90 battements par minute. Il semblait plus rapide que d’habitude mais ce qui était le plus étonnant était le bruit qu’il faisait dans mes oreilles.

Ces derniers jours je n’ai pas pu dormir du tout. J’ai été réveillé entre 2 et 4 heures du matin, en particulier ces deux derniers jours. Je ne peux pas m’endormir du tout ayant la sensation d’être couché sur un matelas qui bouge comme si j’étais en train de frire dans une poêle, accompagné d’une sensation étrange dans la gorge et un mal de tête. La nuit dernière j’ai changé de place, je suis allé sur le canapé; le phénomène a cessé pendant un moment, puis a repris. Je suis retourné dans mon lit: le phénomène a cessé pendant un moment, puis a repris.

Ce matin il n’a pas cessé et me suit partout: le tremblement, la sensation dans ma gorge, le mal de tête et même une douleur sur une vieille cicatrice au crâne.”"

37. Silverville, dimanche 2 mai 2010

Filed under: le jour du Seigneur — sherloque @ 6:40

“Notre Père qui es aux cieux”… Déjà, rien que ça, c’est ridicule et désuet. On pouvait, à la rigueur, s’imaginer que Dieu habitait ‘aux cieux’ quand la cîme des montagnes et l’espace au-dessus des nuages étaient inacessibles. Mais maintenant, alors qu’il y a des hommes et des femmes qui logent dans la stratosphère à la ‘station spatiale’ qui tourne autour de la planète, on ne peut plus dire “notre Père qui es aux cieux” sans se rendre ridicule.

Où Dieu loge-t-il donc?

Quelquefois je me dis que le seul fait de chercher Dieu est une preuve de son existence. Comme si, par exemple, des hommes élevés sur une île déserte sans femmes s’imaginaient l’existence de femmes sans en avoir jamais vues, ni connues. Ce désir de Dieu, sinon une preuve, est sans doute une indication de son existence.

Mais où peut-il bien loger? Pas dans notre monde. Pas dans notre réalité existentielle, temporelle et spatiale. Pas dans notre espace galactique, en tout cas. Et puis de toute façon, s’il est ‘esprit’, il n’a pas besoin d’être dans un lieu précis. Je vais m’en tenir là!

12 juin, 2010

36. Silverville, mercredi 28 avril 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 9:45

“”Par contre, depuis quelques mois, j’ai des palpitations sans raisons et ce matin, j’ai vu cette lumière blanche dans la cuisine alors que je déjeunais, toujours dirigée vers le compteur, et j’ai été pris de très fortes palpitations. La première fois que j’ai eu de telle palpitations, j’étais couché et mon coeur s’est mis à battre très vite sans raisons apparentes. Ces lasers sont dirigés sur moi, mes yeux, à profusion. Je suis inquiet pour ma santé.

Je pense qu’il s’agit d’un matériel d’espionnage haut de gamme peu commun. Mon courrier est lu quand il est ouvert sur ma table. Mes appels téléphonique passés et reçus sont écoutés et passent par internet chez mes voisins.

Dans la nuit de vendredi à samedi, alors que je dormais, j’ai été réveillé par la voix de la voisine qui disait très clairmenent: ‘tu es sur internet’.”"

Tiens, à partir de là, l’écriture change. On dirait l’écriture de quelqu’un d’autre.

“”Après avoir tapé ce document pour Mr Ynard qui avait sollicité mon aide, j’ai fait l’expérience suivante: dans la nuit, plusieurs coups ont été tapé sur mon toit, difficiles à localiser exactement et difficiles à identifier.

Toutes les nuits suivantes, quelque chose de bizarre a eu lieu.”"

- Bonjour Sherloque.

- Ah, Thibaud, tu tombes à pic. Quand tu envoies un e-mail à Franklin la prochaine fois, dis-lui que je suis anxieux de le revoir.

- Dis-lui toi même. Je te passe son adresse e-mail.

- Tu sais bien que je n’ai pas internet en ce moment.

- Ah bon! Je croyais que tu avais fait remettre ton électricité.

- Oui, mais pas internet.

- Et sur ton téléphone portable?

- Mon portable est un ancien modèle, je n’ai pas la possibilité d’envoyer des e-mails…

- Il faudrait te mettre à jour, mon vieux! La technologie avance. Faut suivre!

- Oui, d’accord, tu as raison. Et tes recherches sur la vie et l’oeuvre de la princesse Claude, elles avancent?

- Touché!… Il faut que je m’y remette, sinon ma mère va venir me chercher définitivement.

- Sans compter que tu fous une carrière prometteuse en l’air…

- C’est l’heure de déjeuner. On monte à la brasserie?

35. Silverville, lundi 26 avril 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 9:42

J’ai vu Thibaud au ‘Pourquoi pas’ samedi. Il a été en contact par e-mail avec Franklin depuis noël. Apparemment Franklin compte revenir en France au mois de juin. Bonne nouvelle!

“”J’ai remarqué, sans pouvoir me l’expliquer, des faisceaux de lumière très blanche à différents endroits dans la maison, surtout dans ma chambre où avec l’obscurité il est très facile de les observer. Après le passage des télécom, j’ai remarqué ce faisceau blanc le long de ma façade ainsi qu’en direction du compteur électrique. Mon compteur se trouve au fond de la cuisine face à la porte d’entrée, en oblique de leur hangar, ce qui m’a fait penser à des faisceaux laser, et que ces petites ‘antennes’ serviraient de relais.

Dans la nuit je me suis levé 3 fois car j’entendais ‘des voix’ éloignées ainsi que le son strident assez fort. J’ai remarqué au matin que je ne les entendais pratiquement plus parler. J’en ai déduit qu’ils avaient dû modifier quelque chose.”"

Des faisceaux de lumière très blanche… Je suis peut-être détective mais je ne vois pas de quoi il s’agit. En fait j’ai passé ma vie à prendre en filature des maris volage et des femmes infidèles. Ce genre d’enquête n’est vraiment pas dans mes cordes. A qui est-ce que je pourrais bien en parler?

34. Silverville, vendredi 23 avril 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 9:38

“”lundi. Je suis bien embarrassé avec cette ‘antenne’. Vers 14h j’ai mis l’objet dans un panier pour l’emporter à l’avocat que j’ai contacté. J’ai entendu le voisin dire: “putain…” sans attendre la suite et je suis parti très vite. Je l’ai déposé, avec le rapport, au cabinet d’avocats.

J’ai reçu ce matin un appel téléphonique de la société de surveillance, m’informant que le test normalement effectué tous les soirs vers 22h n’est pas passé, ce qui signifierait qu’il y a quelqu’un sur ma ligne téléphonique. J’ai demandé qu’on m’envoie une explication à ce sujet.

mardi. J’ai trouvé sur la plaque en fonte du poêle, des débris de briques. En inspectant le conduit de cheminée à partir de la salle à manger vers le haut, je n’ai rien remarqué d’anormal, pourtant cette ‘antenne’ n’est pas tomber des nues. J’ai donc décidé de démonter les briques de la cheminée au grenier pour savoir d’où était tombé l’objet. Sur la gauche du conduit à peu près à la hauteur du plancher du grenier, juste en dessous, il semblerait qu’un trou ait été fait et rebouché avec du plâtre. A cet endroit le plâtre est blanchâtre, alors que partout ailleurs il y a de la suie.

vendredi. J’ai fait testé ma ligne téléphonique, ainsi que les poteaux téléphoniques sur la route. Il n’y a rien d’anormal.”"

Le vieux Ynard n’est pas sénile. Il a bien fait d’écrire tout ça au jour le jour. Mais il y a quelque chose qui me choque quand même, c’est qu’il semble accepter ce qui se passe. Il ne se révolte pas. Il ‘dépose’ l’objet du délit chez un avocat sans broncher. Combien de temps a-t-il pu tenir à cette épreuve? Il faut que j’ai des nouvelles de Franklin qui pourra sans doute m’en dire plus.

33. Silverville, jeudi 22 avril 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 9:35
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Je n’ai plus trop envie d’aller au café sur la place ces jours-ci. Il y a trop de foot à la télé. Un bon match de rugby, encore passons. Mais le football, ce n’est pas mon truc. Et puis c’est vrai, comme dit je ne sais plus quel journaliste, les footballeurs sont les idoles de notre temps, comme sans doute les gladiateurs au temps des Romains. L’idolatrie, ce n’est pas mon truc non plus.

Il faudrait à tout prix que je finisse de lire ce ‘rapport’.

“”vendredi. Ce rapport a été tapé sur un ordinateur à une dizaine de km de mon domicile. En reprenant ma voiture vers les 4h du matin, j’ai vu s’abattre une gerbe multicolore sur la portière gauche de ma voiture. Nuit très noire. A peine une demi-heure après, rentré chez moi, j’ai entendu les voisins lire ce rapport en le comparant avec le rapport initial écrit à la main. La voisine lisait le rapport et j’ai pu entendre le voisin dire: “c’est bon, c’est bon”. J’ai trouvé bizarre à 4h du matin d’entendre les voix de mes voisins, ce qui m’a fait tendre l’oreille.

Dans la soirée vers 22h, chose bizarre, une fois couché, j’ai subi à distance ce qui semblait des tests concernant mes oreilles, pour savoir si j’entendais ou si j’écoutais: j’avais l’impression d’avoir une perceuse dans les oreilles. J’ai dit à haute voix que je voulais qu’on me fiche la paix et que je voulais formir. J’ai ajouté: “arrêtez! j’ai l’impression d’avoir une chignole dans les oreilles”. Ce bruit s’est à peu près arrêté.

dimanche. Je suis enragé. Je veux trouver une preuve. J’ai démonté et dégarni le haut de mon placard dans la salle à manger, me rappelant que la voisine avait vu ‘des livres’. Mes livres sont sur l’étagère du haut du placard. Je n’ai rien trouvé d’anormal. Ensuite je suis monté au grenier. J’ai cassé une partie du plancher avec un ciseau à bois et un marteau, le long du mur côté maison mitoyenne où j’avais entendu comme le déclenchement d’un appareil photo. J’ai creusé depuis 13h jusqu’à environ 17h. Je me suis blessé à la main gauche mais je n’ai rien trouvé.

Vers 19h alors que je dinais, j’ai entendu les voisins qui se parlaient mais à distance comme dans la nuit du 13 au 14. J’ai capté: “il est tombé dans le poêle”. Je me suis précipité vers mon poêle à bois éteint dans la salle à manger et j’ai cherché sur la plaque oblique au-dessus du foyer. J’ai trouvé un petit objet plat d’environ 5cm de long avec des ‘branches’ de chaque côté, que je me suis empressé de récupérer. Etant donné que j’avais allumé mon poêle le jour où ils avaient inspecté mon circuit électrique, cet objet semblait avoir été noirci par la chaleur des flammes. Et je me souviens, lorsque j’avais allumé mon poêle avoir entendu quelque chose tomber sur la plaque en fonte, mais j’avais oublié ce détail. J’ai posé cet objet enveloppé dans du papier aluminium sur le haut de ma cheminée. J’ai pu remarquer alors que ce petit objet émettait un léger bruit diffus difficile à situer.”"

32. Silverville, jeudi 8 avril 2010

Filed under: la politique — sherloque @ 9:30
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- Hé, Mr Sherloque, venez donc par ici! C’est moi qui paye la tournée. Qu’est-ce que vous prenez?

- Bonjour Basile. Comment ça va?… Un verre de rouge, tiens, pour changer.

- On ne vous a pas vu souvent ici ces derniers temps.

- Ah non, figurez-vous que j’ai fait rebrancher l’électricité dans ma vieille masure…

- Vous n’aviez pas l’électricité?

- Non! ça paraît dingue, hein! D’abord je n’avais plus les moyens de payer mes factures et ensuite j’ai décidé de faire de la résistance. Parfaitement. Vous vous souvenez sans doute, Basile, quand on était jeune, comment ils avaient expliqué que si on produisait notre électricité avec de l’énergie nucléaire, l’électricité domestique deviendrait bon marché…

- Oui oui, je me souviens de cette époque. Il y avait des gars de mon groupe qui étaient complètement contre le nucléaire et qui allaient faire des manifs sur les chantiers de construction des centrales nucléaires. Oui oui, je me souviens bien de ça.

- Eh bien, vous avez vu vos factures d’électricité baisser, vous? Comme EDF avait le monopole de la fabrication et de la distribution, on n’avait pas le choix. Mais depuis que la concurrence a été ouverte, on a peut-être une chance. En tout cas, moi, j’ai fait rebrancher mon installation chez POWEO. Ils ont été vraiment très très sympas, que ce soit au téléphone ou par internet, et très efficaces aussi. Je vous informerai de ma prochaine facture, si ça vous intéresse.

- Ben, c’est ma fille et mon gendre qui s’occupent de ça. Mais ça peut les intéresser. Je leur en parlerai.

- Salut Sherloque, bonjour Basile.

- Tiens, tiens, un revenant! Content de te revoir, Thibaud. Vous connaissez mon jeune ami?

- Oui, vous me l’avez déjà présenté. Il fait de l’Histoire, c’est ça?

- Plus tellement. J’ai décroché. La vie de moine au milieu des bouquins, je n’en peux plus.

- Attends un peu, c’est l’hiver interminable qui donne la déprime. Il n’y a pas que toi qui as eu le coup de blues. Ta mère doit venir, d’après ce que m’a dit ton voisin l’autre jour.

- Ma mère? Elle a repris le train pour Paris ce matin. Elle m’a dit que si j’avais le blues, il fallait que je passe te voir. Alors me voilà.

- Ta mère est venue et est repartie ce matin?

- Oui, et alors?

- Non, rien, comme ça. C’est une visite éclair.

- Elle vit à Paris, votre mère?

- Oui, Basile, mes parents ont toujours vécu à Paris. Mon père travaille dans un ministère.

- Ah ben, si c’est le ministère de l’agriculture, j’aurais deux mots à lui dire! Hier j’ai rendu visite au fermier qui a repris ma ferme. Le gars travaille tout seul sur son tracteur toute la journée. Sa femme dit que c’est un métier d’esclave. Dans le village il y a un autre jeune fermier qui fait aussi de l’élevage intensif à grande échelle. En les regardant travailler, je me disais qu’il faudrait que le ministre vienne faire un stage chez eux.

- Non, mon père n’est pas au ministère de l’agriculture, mais je peux faire passer le message si vous voulez!

- Mr Sherloque, je ne veux pas vous ennuyer avec ça, l’élevage, ça n’est pas votre domaine…

- Si, si, ça m’intéresse, Basile. La production primaire est vraiment primordiale. La production de nourriture, c’est l’assurance de notre survie. Ni plus, ni moins.

- Oui, eh bien, j’ai entendu à la radio qu’ils vont se faire une réunion du G20, des ministres de l’agriculture, pour voir ce qu’il faudrait faire pour nourrir la planète. Ils vont causer, palabrer sans relâche et ça va coûter une fortune. Moi, je dis qu’il faudrait qu’ils viennent faire un stage chez nous.

- C’est une idée maoïste, ça, Basile. Mao pensait que les intellectuels en Chine ne servaient à rien et ils les a envoyés travailler dans les champs. La plupart en sont morts. Ce n’est peut-être pas une bonne idée!

- Si, l’idée est bonne. C’est la manière qu’il faut revoir. Un ministre de l’agriculture devrait passer plusieurs mois en stage dans plusieurs exploitations agricoles différentes…

- Oui mais, Basile, un ministre ne dure jamais bien longtemps à son poste…

- Justement, c’est ça le problème, Thibaud. Il faudrait que ce soit un vrai métier d’être ministre. Primo, connaître le terrain à fond, secondo, travailler dans la durée.

- Oui mais là, c’est demander la lune.

11 juin, 2010

31. Silverville, mercredi 24 mars 2010

Filed under: l'affaire Ynard — sherloque @ 5:18
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Qu’est-ce que je disais! Aujourd’hui 24 mars vient d’arriver le petit contingent d’hirondelles éclaireuses. Elles ont un mois d’avance. Et elles ont l’air toute excitées d’être revenues sur les lieux. Le gros de la troupe ne devrait pas tarder. Elles arrivent avec le vent du sud – avec un mois d’avance.
Peut-être que nous aussi, en tant qu’espèce animale, on reçoit comme ça un ordre qui nous met en ‘hypnose collective’ et nous somme de faire collectivement telle ou telle chose.
Bon, revenons à nos moutons. L’affaire Yanard. Où en étais-je?
J’ai relu le début du rapport que m’a laissé Franklin avant son retour en Amérique. Fissavat a raison de penser qu’il s’agit sans doute d’une expérience de mise à mort télécommandée. Depuis la méthode de l’os pointé des Aborigènes, la technique n’a pratiquement pas évolué. Elle pourrait faire un bond en avant maintenant à l’ère des satellites et des ordinateurs. La femme de Fissavat a fait remarquer que ‘la voisine’ devait avoir un intéressement autre que celui de la simple curiosité. Quand son mari s’insurge, elle tient tête violemment. Soit elle a un intéressement financier et/ou elle est couverte par un protecteur puissant. En d’autres termes, elle travaille pour un gros bonnet. Mais qui aurait intérêt à éliminer Ynard? Le pauvre vieux n’est certainement qu’un cobaye dans cette histoire.
Voyons la suite du rapport:
“”Samedi. J’apprends avec stupeur que même le courrier écrit à 25km de mon domicile est entre leurs mains puisque je les entends lire les notes que j’ai effectivement écrites là-bas. Par quel moyen?
Dans la journée les filles des voisins sont venues en visite chez leurs parents et j’ai entendu: “maman, arrête, c’est grave, tu as copié son code d’alarme”.
J’ai fini par prendre conscience que je suis victime d’une monstrueuse querelle de voisinage prenant des allures de roman policier. Si mon code d’alarme a été copié, si mes téléphones sont tous sur écoute, si tout le courrier que j’écris et que je reçois est lu, je pense être en danger. J’aimerais que les autorités me prennent très au sérieux et me viennent en aide.”"
- Tiens, Sherloque! Vous écrivez vos mémoires!
- Bonjour Duchenoc. En voilà une surprise! Comment va ton ordinateur?
- Très bien, très bien. J’ai fait comme vous m’avez dit, vous et Thibaud. J’ai gravé mes données sur des CD et j’ai tout réinstallé. Depuis, ça ne ‘bug’ plus.
- Je suis bien content d’entendre ça. Comment va Thibaud? Il y a un bout de temps que je ne l’ai pas vu.
- Il ne sort plus. Il déprime dur. Apparement il travaille à sa thèse toute la nuit et il dort toute la journée. L’autre jour j’ai frappé à sa porte à 3h de l’après-midi et il n’a même pas ouvert. Il n’y avait pas de lumière sous sa porte. Il ne devait même pas avoir ouvert ses volets.
Comme il ne répond pas non plus au téléphone, sa mère m’a appelé l’autre jour pour me demander des nouvelles. Elle a dit qu’elle allait venir à Silverville.
- Sa mère va venir?
Sur ce, un trio de gais lurons, des potes à Duchenoc, sont entrés dans le bar pour mettre de ‘l’ambiance’ comme ils disent. J’ai filé à l’anglaise.

30. Silverville, lundi 22 mars 2010

Filed under: la politique — sherloque @ 5:12
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- Qu’est-ce que tu lis?
- Bonjour Francette… Un polar australien.
- Fais voir! Arthur Upfield, L’os est pointé, Editions 10-18
grands détectives… là! là! C’est bien?
- Génial! Désué par certains côtés. C’étaient des méthodes de détective du début du siècle dernier, tu sais, le flair du mec qui comprend les choses, la loupe et le microscope pour observer un cheveu. Le rythme est lent. C’est reposant!
- Un polar reposant?!
- Tiens, je lis en ce moment un passage sur la migration des lapins, ça n’a rien à voir avec l’histoire mais c’est fascinant. Les lapins vivaient à l’état sauvage dans la brousse australienne en ce temps-là. Lis ça là, page 307. Attends, d’abord il faut que je te dise que Napoléon Bonaparte, c’est le nom du détective!
- Messieurs Dames bonjour, qu’est-ce que vous prenez ce matin?
- Pour moi un grand café au lait.
- Et moi un cappuccino, merci.
“La migration des lapins, qui abandonnaient le lac de Meena pour se diriger vers le sud-est, était la première à laquelle assistait Napoléon Bonaparte. Un jour, près d’un feu de camp solitaire, il avait entendu un homme en décrire une qui s’était terminée à la frontière entre l’Australie Méridionale et la Nouvelle Galles du Sud, dans un rempart de carcasses de 60km. Et maintenant, les lapins s’amassaient dans le V que formait l’angle de la clôture de Karwir.
Normalement, les lapins sont gouvernés par la peur de leurs nombreux ennemis – les hommes, les chiens, les renards, les aigles. Leurs vies sont régies par la prudence qu’engendre cette peur, une pratique transmise de génération en génération. N’ayant pas d’autre arme défensive que des griffes et des dents, qu’ils utilisent sans efficacité et rarement à temps, ils n’attaquent jamais d’autre animaux et s’en prennent fort peu les uns aux autres.
Une nuée de lapins avait un jour surgi dans la région qui bordait le lac de Meena. Puis la première des saisons sèches était arrivée, et lorsque l’humidité avait fait défaut dans l’herbe, les broussailles et les prairies, la multitude s’était concentrée sur l’eau qui baissait dans le lac. Quand elle s’était évaporée, les lapins ne s’étaient plus multipliés. Pourtant, tous les ennemis des rongeurs semblaient ne pas jouer le moindre rôle dans la réduction de leur nombre. Et puis la pluie était arrivée en avril, au moment où Anderson aviat disparu, et dès que l’herbe nouvelle était apparue sur les plateaux, la multitude avait éclaté comme une gigantesaue bombe pour s’occuper des terriers désertés, pour les nettoyer et montrer au monde entier comment elle pouvait procréer.
Dès 9 semaines, toutes les lapines avaient commencé à avoir des petits. Chaque portée comprenait 5 à 7 petits parmi lesquels les femelles prédominaient. D’avril à fin semtembre, chaque lapine avait donné naissance à environ 12 petits. Et les lapines étaient de loin les plus nombreuses.
En octobre, une terrible lutte pour la survie avait été engagée contre la faim, la soif, et contre la multiplication des ennemis naturels. Seuls les plus résistants des petits avaient survécu, mais il en restait quand même un nombre inpressionnant.
A peu près à l’heure où Diana Lacy et John Gordon discutaient de la maladie de Bony près de la clôture, un ordre était transmis aux lapins massés sur les rives du lac de Meena.
Qui avait lancé cet ordre, aucun homme ne pouvait le dire. La multitude était poussée à quitter l’endroit qui lui aviat donné naissance et à gagner quelque autre endroit, mystérieux, lointain, au sud-est, et rien ne pouvait l’empêcher d’obéir, sauf une rivière ou un grillage.
La prudence et la peur naturelles furent balayées en un rien de temps. Les lapins étaient sous l’emprise d’une idée collective, comme les citoyens d’un état totalitaire. Auparavant, chaque unité individuelle avait vécu indépendamment des autres unités, régie par la peur et dirigée par la faim; maintenant, leur seul désir était d’obéir à l’ordre. Même l’instinct primaire de conservation leur avait été retiré. De créatures timides, dociles, individualistes et quelque peu rusées, elles étaient devenues des automates au sein d’une masse poursuivant son but avec acharnement, avançant irrésistiblement, ignorant complètement la peur.”

- Ah oui, c’est bizarre.
- Tu sais, cette histoire d’un ordre venant soudain générer une ‘hypnose collective’, je l’avais remarqué l’an dernier chez les hirondelles. Elles avaient toutes disparues sans prévenir un mois plus tôt que d’habitude. C’est peut-être un ordre intégré sur leur système informatique qui dit: si la pression atmosphérique ceci cela, et si le vent et le soleil ceci cela, alors faites vos valises et partez vers le sud… Enfin! un truc comme ça…
- Ah oui!… le système informatique des lapins et des hirondelles!… Alors toi, Sherloque, tu ne changeras pas!!! Au fait, tu as voté pour qui, hier?
- Comme toi sans doute.
- Je ne suis pas allée voter.
- Comment ça?
- Non, je ne suis pas allée voter. Ce que j’ai entendu entre les 2 tours m’a horripilée. C’étaient des élections régionales, non? Ils en ont fait une guéguerre gauche-droite nationale avec stratégies et contre-stratégies à qui éliminerait qui. Pour moi, c’était ‘la ferme des célébrités’.
- Oui, je suis d’accord. A aucun moment je n’ai entendu un quelconque discours de terrain, un candidat de région expliquant la situation dans sa région, par exemple, concrètement, avec des noms d’entreprises, des noms de gens locaux, des problèmes locaux. Tu as raison, Francette, c’était ‘la ferme des célébrités’!

29. Silverville, dimanche 21 mars 2010

Filed under: le jour du Seigneur — sherloque @ 5:02
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Dimanche, le jour du Seigneur. Je sais bien, Seigneur, que je peux te prier tous les jours et à toute heure du jour. Mais j’aime l’idée de cette respiration spirituelle où tous les 7e jour de la semaine te sont dédiés. Je n’ai plus le coeur à aller dans aucune église d’aucune religion. Je voudrais t’envoyer mes prières d’ici, de ce café, si tu n’y vois pas d’inconvénient.
Certains disent que tu es le grand chef de leur tribu et tu vas jusqu’à leur dire ce qu’il faut manger. D’autres considèrent que tu es le grand patron et qu’ils sont tes esclaves. Il y en a qui pensent que tu es le père de famille idéal et qu’ils sont tes enfants. J’étais de ceux-là, mais comme dirait un illustre détective prédécesseur, maintenant je sais que je ne sais pas. Qui es-tu, Seigneur? Es-tu ce jeune homme maigrichon cloué sur un bois de supplice en sacrifice à l’humanité? Ou bien cet autre jeune homme grassouillé et même obèse assis sur son fondement, un sourire indiscible aux lèvres?
Cet univers dans lequel nous vivons est splendide. Félicitations. C’est sans doute l’oeuvre d’un bureau d’études à qui tu as commandité un tel joyau. Nous les humains, on a mis quelques milliers d’années avant d’en comprendre une infime partie. Nul doute qu’il va nous falloir encore plusieurs milliers d’années pour en comprendre une autre infime partie. Nous te cherchons, Seigneur. Le sais-tu?

9 mars, 2010

28. Silverville, mercredi 10 février 2010

Filed under: les femmes — sherloque @ 11:02
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Me voilà de retour à Silverville dans ma vieille maison sans électricité mais avec feu de bûches dans la cheminée. Mon petit séjour en ville à Redburg m’a bien changé les idées.

Malheureusement la densité en virus et microbes de toute espèce y étant plus grande qu’à Silverville, j’ai attrapé une bonne grippe que je soigne à l’ancienne à coups de grogs: le jus d’un citron entier avec de l’eau bouillante et une lampée de whisky plus 3 sucres. Bien mélanger. Boire très chaud, le dos à la cheminée. Jusqu’à présent ce n’est pas moi qui fais exploser les comptes de la sécurité sociale. J’ai une aversion totale pour les hypocondriaques!

Je n’ai pas encore commencé à lire le polar que m’a passé Fissavat. Je n’ai même pas fini de lire le rapport que m’a donné Franklin. L’hiver traîne en longueur et en largeur. Le bar de Silverville est désert. Je sirote mon café en pensant à tous ceux avec qui j’ai eu des conversations l’an passé et qui semblent avoir disparu de la circulation…

- Tiens, mes aïeux, Sherloque!
- Oui, bonjour.
- C’est pas croyable, mon vieux pote, tu n’as pas changé!
- A qui ai-je l’honneur?
- Sherloque?! Tu ne me reconnais pas? La librairie scolaire au bout du pont!
- Pierre!!! Ah ça alors! Je ne t’ai pas reconnu, ça fait un bail, toute une vie.
- C’est ça, toute une vie! C’est Francette qui m’a dit que tu étais de retour au pays. D’ailleurs elle arrive dans un moment.
- …ça alors, Pierre! Qu’est-ce que j’aimais passer à la librairie de ton père. Il sortait de derrière des tas de livres, répondait lentement à des questions en tirant sur sa pipe et il trouvait toujours le bouqin qu’il fallait.
- Ouais… Il est mort, mon père, maintenant. Le tien aussi d’ailleurs. C’est nous les vieux maintenant, les anciens, les “croulants” comme on disait quand on était ados. Toi, tu as fait ta vie à Paris si je comprends bien.
- Oui oui, plus ou moins. Et toi?
- Eh bien j’ai pris la librairie de mon père, puis je suis allé en ouvrir une à Redburg. Ma femme est retraitée de l’enseignement. On a eu 3 enfants et je suis maintenant grand-père.
- C’est dingue. Pas croyable. Comme une machine à accélérer le temps. Quand je te regarde, je vois ta bouille du temps qu’on était en 6e et qu’on avait 11 ans.
- Mais dis-moi Sherloque, pourquoi est-ce que tu n’as plus jamais remis les pieds à Silverville quand tu as été adulte?
- Oh, plein de raisons, le boulot, pas le temps, et puis… une affaire de coeur.
- Salut les garçons!
- Salut Francette. Sapristi, ça fait plaisir de vous voir ensemble tous les deux.
- La machine à accélérer le temps, comme disait Sherloque tout à l’heure. Rendez-vous compte! Nous là, il y a un demi siècle qu’on était en sixième ensemble. Une moitié de siècle!
- Pour ça, ça a bien changé depuis. Vous avez entendu les bagarres mortelles à coups de couteau, les attaques sur les profs. Inouïe!
- C’est pas trop étonnant, il n’y a plus que des femmes dans l’enseignement maintenant.
- Francette, c’est toi qui dis ça?
- Oui parfaitement. Les nanas n’ont pas d’autorité naturelle, elles n’ont pas le gabarit, pas le ton, pas le doigté. Et quand elles élèvent la voix, elles crient. C’est normal qu’elles n’arrivent pas à se faire respecter.
- Ma femme est bien contente d’être à la retraite. Elle dit qu’elle a vu la situation se dégrader lentement mais sûrement pendant toute sa carrière.
- Et vous avez entendu l’histoire de la petite fille de 3 ans oubliée dans un bus scolaire l’autre jour? Ils ont fermé le bus à clé sur le parking sans voir qu’il y avait une gamine qui restait dedans. De 9h du matin à 3 ou 4h de l’après-midi, elle est restée là dedans à tambouriner pour qu’on lui ouvre. Pauvre petite. Et vous savez quoi? Quand j’ai entendu ça, je me suis dit: tu paries que le conducteur du bus était une femme. Eh bien oui, c’était une femme, et en plus, il y avait une assitante scolaire. Deux femmes. Parfaitement. Deux nanas. Ces dames ont toujours quelque chose de mieux à faire que de faire leur boulot consciencieusement. On dirait qu’elles font toujours leur boulot à contre-coeur. Elles ont du repassage à la maison, tu comprends…
- Arrête, Francette. Ce que tu dis là n’est pas politiquement correct.
- Je m’en fiche et contre-fiche…
- Bon, les amis, je me tire. A la prochaine!
- Salut Pierre. Content de t’avoir retrouvé! Ne te déchaîne pas comme ça, Francette, ça peut te porter tort.
- Je m’en contre-fiche. Des quotas qu’ils nous disent. Oui mais des quotas où il y aurait autant d’hommes que de femmes. Qu’il y ait autant d’instituteurs que d’institutrices et autant de profs hommes que de femmes dans toutes les écoles et collèges et lycées. Là d’accord.
- Bon ben, je te quitte, j’ai des courses à faire. A un de ces jours.
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