- Hé, Mr Sherloque, venez donc par ici! C’est moi qui paye la tournée. Qu’est-ce que vous prenez?
- Bonjour Basile. Comment ça va?… Un verre de rouge, tiens, pour changer.
- On ne vous a pas vu souvent ici ces derniers temps.
- Ah non, figurez-vous que j’ai fait rebrancher l’électricité dans ma vieille masure…
- Vous n’aviez pas l’électricité?
- Non! ça paraît dingue, hein! D’abord je n’avais plus les moyens de payer mes factures et ensuite j’ai décidé de faire de la résistance. Parfaitement. Vous vous souvenez sans doute, Basile, quand on était jeune, comment ils avaient expliqué que si on produisait notre électricité avec de l’énergie nucléaire, l’électricité domestique deviendrait bon marché…
- Oui oui, je me souviens de cette époque. Il y avait des gars de mon groupe qui étaient complètement contre le nucléaire et qui allaient faire des manifs sur les chantiers de construction des centrales nucléaires. Oui oui, je me souviens bien de ça.
- Eh bien, vous avez vu vos factures d’électricité baisser, vous? Comme EDF avait le monopole de la fabrication et de la distribution, on n’avait pas le choix. Mais depuis que la concurrence a été ouverte, on a peut-être une chance. En tout cas, moi, j’ai fait rebrancher mon installation chez POWEO. Ils ont été vraiment très très sympas, que ce soit au téléphone ou par internet, et très efficaces aussi. Je vous informerai de ma prochaine facture, si ça vous intéresse.
- Ben, c’est ma fille et mon gendre qui s’occupent de ça. Mais ça peut les intéresser. Je leur en parlerai.
- Salut Sherloque, bonjour Basile.
- Tiens, tiens, un revenant! Content de te revoir, Thibaud. Vous connaissez mon jeune ami?
- Oui, vous me l’avez déjà présenté. Il fait de l’Histoire, c’est ça?
- Plus tellement. J’ai décroché. La vie de moine au milieu des bouquins, je n’en peux plus.
- Attends un peu, c’est l’hiver interminable qui donne la déprime. Il n’y a pas que toi qui as eu le coup de blues. Ta mère doit venir, d’après ce que m’a dit ton voisin l’autre jour.
- Ma mère? Elle a repris le train pour Paris ce matin. Elle m’a dit que si j’avais le blues, il fallait que je passe te voir. Alors me voilà.
- Ta mère est venue et est repartie ce matin?
- Oui, et alors?
- Non, rien, comme ça. C’est une visite éclair.
- Elle vit à Paris, votre mère?
- Oui, Basile, mes parents ont toujours vécu à Paris. Mon père travaille dans un ministère.
- Ah ben, si c’est le ministère de l’agriculture, j’aurais deux mots à lui dire! Hier j’ai rendu visite au fermier qui a repris ma ferme. Le gars travaille tout seul sur son tracteur toute la journée. Sa femme dit que c’est un métier d’esclave. Dans le village il y a un autre jeune fermier qui fait aussi de l’élevage intensif à grande échelle. En les regardant travailler, je me disais qu’il faudrait que le ministre vienne faire un stage chez eux.
- Non, mon père n’est pas au ministère de l’agriculture, mais je peux faire passer le message si vous voulez!
- Mr Sherloque, je ne veux pas vous ennuyer avec ça, l’élevage, ça n’est pas votre domaine…
- Si, si, ça m’intéresse, Basile. La production primaire est vraiment primordiale. La production de nourriture, c’est l’assurance de notre survie. Ni plus, ni moins.
- Oui, eh bien, j’ai entendu à la radio qu’ils vont se faire une réunion du G20, des ministres de l’agriculture, pour voir ce qu’il faudrait faire pour nourrir la planète. Ils vont causer, palabrer sans relâche et ça va coûter une fortune. Moi, je dis qu’il faudrait qu’ils viennent faire un stage chez nous.
- C’est une idée maoïste, ça, Basile. Mao pensait que les intellectuels en Chine ne servaient à rien et ils les a envoyés travailler dans les champs. La plupart en sont morts. Ce n’est peut-être pas une bonne idée!
- Si, l’idée est bonne. C’est la manière qu’il faut revoir. Un ministre de l’agriculture devrait passer plusieurs mois en stage dans plusieurs exploitations agricoles différentes…
- Oui mais, Basile, un ministre ne dure jamais bien longtemps à son poste…
- Justement, c’est ça le problème, Thibaud. Il faudrait que ce soit un vrai métier d’être ministre. Primo, connaître le terrain à fond, secondo, travailler dans la durée.
- Oui mais là, c’est demander la lune.